Les Patriarches

Les origines du Zen remontent au Bouddha Shakyamuni en Inde au VIème siècle avant JC.

Dans la posture du lotus sous l'Arbre de la Bodhi, il s'éveilla et devint Bouddha : celui qui sait. Ces enseignements se sont répandus par la suite en Chine et devinrent le Chan, qui introduit au Japon devint le Zen.  Mahakashyapa fut son successeur, à partir de là commença la lignée authentique, de patriarche à patriarche, jusqu'à nos jours.

Bodhidharma le 28ème disciple introduisit le bouddhisme en chine au début du 6ème siècle et fut ainsi le premier patriarche du zen en Chine.

Au 13ème siècle le moine japonais Dogen se rendit en chine où il fut le disciple de Nyojo. À son retour au japon il introduisit la véritable pratique de zazen et devint le fondateur du zen soto au Japon. Il se retira au temple de Kennin-Ji puis fonda le temple de Eihei-Ji, Ejo fut son disciple.

De maître à disciple,  la méditation  zen se poursuit ensuite  jusqu'à Kodo SawakiTaisen Deshimaru et Guy Mokuho Mercier.


Bouddha Shakyamuni

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Né de parents souverains d'un petit royaume, Sakyamuni étudie les sciences, les lettres, les langues.  Le jeune homme sort régulièrement  du palais pour faire des promenades dans la ville, où il rencontre plusieurs  personnes souffrant du deuil, de la maladie, de la famille ou de la pauvreté …

Il prend conscience que lui également pourra souffrir de la vieillesse, du drame humain ou de la mort.  Il commencera sa recherche auprès de divers maîtres, ne réussissant jamais à atteindre ce qu’il souhaitait.

Il s’assied alors sous figuier des pagodes, avec la décision de ne pas bouger avant d'avoir atteint l'éveil. En position de zazen, il comprend les causes de la souffrance et les moyens de l’éliminer. A partir de son éveil, il passera toute sa vie, en compagnie de ses disciples,  à enseigner  sa découverte, jusqu’à sa mort à 84 ans.

Selon la tradition, la lignée qui naquit de cet enseignement n’a jamais été interrompue.

Ainsi ai-je entendu: Une fois, le Bienheureux séjournait au parc aux Daims, à Isipatana, près de Baranasi (Bénarès). Il s’adressa aux cinq moines et dit :
la Vérité Noble dite 
dukkha. La naissance est dukkha, la vieillesse est aussi dukkha, la maladie est aussi dukkha, la mort est aussi dukkha, être uni à ce que l’on n’aime pas est dukkha, être séparé de ce que l’on aime est dukkha, ne pas obtenir ce que l’on désire est aussi dukkha
.
la Vérité Noble dite la cause du 
dukkha
. C’est cette « soif » produisant la ré-existence et le re-devenir et qui est liée à une avidité passionnée, qui trouve une nouvelle jouissance tantôt ici, tantôt là, c’est-à-dire la soif des plaisirs des sens, la soif de l’existence et du devenir.
la Vérité Noble dite la cessation du 
dukkha
. C’est la cessation complète de cette  « soif », c’est la délaisser, y renoncer, s’en libérer, s’en débarrasser.
la Vérité Noble dite le Sentier conduisant à la cessation du 
dukkha. C’est le Noble Sentier Octuple, à savoir: la vue correcte, la pensée correcte, la parole correcte, l’action correcte, le moyen d’existence correct, l’effort correct, l’attention correct et la concentration correcte.

N.B. : Le mot « dukkha » (duhkha en sanskrit) est souvent traduit par « souffrance » ou « douleur », ce qui est réducteur. Il revêt bien des significations dans l'enseignement du Bouddha : celles d'insatisfaction, d'imperfection, d'impermanence, de conflit, et de non substantialité. Cette traduction « souffrance » vaut au bouddhisme la réputation d’être pessimiste, alors que le message du Bouddha est fondamentalement optimiste puisqu’il dit que l’on peut se libérer de cette insatisfaction ou souffrance. La souffrance revêt trois aspects : la souffrance physique et mentale ; la souffrance causée par le changement ; la souffrance causée par le conditionnement.


Bodhidharma, le premier patriarche chinois (Vème siècle)

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Boddhidharma, moine indien vivant au VIème siècle, est le premier patriarche de l'école Chan en Chine. Venu d'Inde, Boddidharma débarqua en Chine aux environs de l’an 520. Sa vie est jalonnée d’événements significatifs… Ainsi un roi qui lui demandait quels étaient ses mérites pour avoir édifié plusieurs monastères, il affirma : «  Aucun mérite ».

Une légende lie Bodhidharma à la culture du thé : Après avoir médité 7 ans, immobile, face à un mur, il se serait endormi. Pour éviter que cela ne se reproduise, il se serait coupé les paupières. (On le représente alors sans paupières ce qui lui fait des yeux immenses). En tombant à terre elles auraient donné naissance à deux plants de thé, bien utile pour maintenir éveillé les pratiquants du zazen

Extrait du "traité de Bodhidharma : Où se trouve le lieu de l'éveil ?"

Le lieu où l'on marche est le lieu de l'éveil,
le lieu où l'on est couché est le lieu de l'éveil,
le lieu où l'on est assis est le lieu de l'éveil,
le lieu où l'on se tient debout est le lieu de l'éveil.
Lever ou abaisser le pied,
tout cela constitue le lieu de l'éveil.


 Eihei Dôgen (1200 – 1253)

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 Né le 2 janvier 1200, à Uji, près de Kyoto dans une famille du clan Minamoto, Dôgen perd son père alors qu’il n’avait que deux ans et sa mère à l’âge de huit ans. En voyant la fumée d’encens s’élever lors des funérailles de sa mère, il eut sa première pensée d’éveil en réalisant l’impermanence de toute chose.

A l’âge de treize ans, il rejoint le monastère de Senkôbô sur le mont Hei contre l’avis de son père adoptif qui le prédestinait pour une brillante carrière à la cour. Un an plus tard, il reçut l’ordination de moine.

A l’âge de dix-sept ans, Dôgen rejoint le Kennin-ji, auprès du maître Myôzen, héritier légitime d’Eisai. Il suit ses enseignements pendant six ans puis l’accompagne en Chine. C’est là qu’il rencontrera Maître Nyôjo dont il reçut la transmission.

De retour au Japon, il fonde son premier temple, le Kôsho-ji à Uji. En 1243, à la requête d’un de ses disciples laïques, Hatano Yoshishige, il fonde le temple de Eihei-ji, qui est aujourd’hui un des deux principaux temples du zen Sôtô.


Extrait de "Recommandation générale pour la pratique du zazen (Fukanzazengi)" dans « Les maitres zen » de Jacques Brosse

" Pour zazen, retirez-vous dans une pièce silencieuse,
Mangez et buvez sobrement.
Rejetez toute distraction, abandonnez tout souci.
Ne pensez pas : ceci est bien, cela est mal !
Ne prenez parti ni pour ni contre.
Arrêtez toute agitation du mental,
Ne jugez ni des pensées ni des perspectives;
N'ayez aucun désir de devenir un Bouddha.
Zazen ne dépend en aucune façon
De la position assise ou allongée "


Kodo Sawaki (1880 - 1965)

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Considéré par plusieurs comme étant le plus grand maître Zen du XXe siècle, Kodo Sawaki n'a pas une vie facile. Orphelin avant l'âge de 10 ans, il débute sa vie dans la rue.

Un jour, face à la misère humaine, Sawaki décide de changer son existence pour de bon. à l'âge de 16 ans, il tente de devenir moine au temple de Eihei-ji, mais n'obtient qu'une place de serviteur, ce qui lui permet toutefois d'apprendre Zazen.

Un an plus tard, on l'intronise moine et c'est alors qu'il étudie le Zen. Entre 1908 et 1945, il devient successivement lecteur, conférencier, éducateur et professeur et après la seconde guerre, il continue d'enseigner ses connaissances par le biais de conférences qu'il donne partout au pays. Il s'éteint le 21 décembre 1965 à l'âge de 85 ans.

" Faire zazen calmement dans le dojo, éteindre toute pensée négative, cette joie est au-delà du paradis.

Le monde court après les profits sociaux, les honneurs, les beaux vêtements et le confort ; mais la satisfaction de ces plaisirs passagers n'est pas la vraie paix. Vous courrez et demeurerez insatisfaits jusqu'à la mort !

S'asseoir dans le dojo et pratiquer zazen, se concentrer d'un seul esprit, qu'il s'immobilise parfois ou que d'autres fois il bouge : voir de nos yeux de profonde sagesse intérieure ; pouvoir observer et reconnaître d'un esprit parfaitement tranquille.

Si vous êtes ainsi, votre dimension spirituelle, la plus élevée en ce monde, ne pourra être comparée à aucune autre. "


Taisen Deshimaru (1914 -1982)

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Maître Bouddhiste Zen japonais de l'école Soto, Taisen Deshimaru a inspiré et fondé de nombreux  dojos et  groupes Zen en Occident.

Doté d'une grande curiosité, il s'intéresse dès son jeune âge aux questions spirituelles. Ainsi, il se penche sur le christianisme ainsi que sur l'école Rinzai, sans toutefois y adhérer. Ce n'est que plus tard qu'il fait la rencontre Kodo Sawaki et qu'il décide de se consacrer à la pratique du Shikantaza (Zazen).

Peu de temps avant son décès, son maître lui fait part de ses ambitions d'enseignement du Zen dans le monde entier et c'est ainsi que Taisen Deshimaru décide de réaliser l'enseignement si cher aux yeux de Kodo Sawaki.

Il s'établit donc en France en 1967 et quelques années plus tard, fonde son premier Dojo. Ainsi, en quelques années, il fonde une centaine de dojo à travers l'Europe, en Afrique et même au Canada. Il fonde aussi l'Association Zen d'Europe, qui devient plus tard l'Association Zen internationale. Maître Taisen Deshimaru s'éteint au printemps de 1982.

Extrait de "Zen et vie quotidienne" de Taisen Deshimaru, éditions Albin Michel

" Cette méditation travaille sur la posture, la respiration et l'observation.

Quand l'énergie demeure au centre de notre être, vibrante et compacte, sans s'écouler ni vers la tête, ni vers le coeur, mais en étant la source même de laquelle le coeur et la tête puisent leurs énergies, nous sommes en état de zazen.

Zazen signifie rester tout simplement à la source sans aller nulle part. Alors, une force énorme surgit, c'est une transformation d'énergie en lumière et amour, en une vie plus vaste, en compassion et en créativité. Cela peut se manifester sous plusieurs formes. Mais vous devez avant tout apprendre à rejoindre cette source. ...

Assis en zazen, on laisse passer les images, les pensées, les formations mentales, surgissant de l'inconscient, comme  des nuages dans le ciel sans s'y opposer, sans s'y accrocher. "


Guy Mokuho Mercier

Guy Mokuho pratique zazen pour la première fois avec Maître Deshimaru en 1973 au camp d’été de Lodève, et 3 ans plus tard, en mars 1976, il  accepte de devenir son disciple en recevant l’ordination de moine.

Dès lors, il participe activement à la vie de la Sangha, dans l’organisation des camps d’été, en assurant la responsabilité de la cuisine (Tenzo) en 1977 et 1978 dans les sessions d’été à Val d’Isère, puis en aidant à la mise en place du temple Zen de la Gendronnière de 1979 à 1982.

Après la mort de Maître Deshimaru, il reste actif dans la sangha en s’occupant de l’installation du Dojo Zen de Paris. De 1986 à 1991, il est de nouveau Tenzo aux sessions du temple Zen de la Gendronnière dont il assume ensuite la responsabilité entre 1991 à 1997. Seront réalisés dans ce temps les grands travaux de voirie et la mise aux normes européennes de sécurité de tous les bâtiments. Il a été ensuite Secrétaire général puis trésorier de l’Association Zen Internationale entre 1999 et 2010.

En septembre 2008 il a reçu la « transmission du Dharma » de Sojun Matsuno Roshi.

En novembre 2012, un centre de vacances a été acheté avec des membres de la sangha Tenbôrin, dans le Cantal à 25 km au sud de Saint Flour, appelé aujourd’hui « Centre zen de Lanau ». Il organise régulièrement des séminaires (le Bodhisattva, le Shobogenzo, le Kesa…), des semaines Samu (travaux d’intérêt collectif), deux camps d’été en Juillet et Août. La possibilité de séjours plus ou moins longs est également offerte à tous les pratiquants. Guy Mokuho dirige également des sesshin en France, en Angleterre et en Espagne.

Kusen (enseignement oral) d’un zazen à la sesshin d’Urt :

«Je vais vous enseigner », dit le Bouddha. « Ce qu’on veut dire par connaître le meilleur moyen de vivre indépendant et libre des conditions ». C’est à dire, libre du Samsâra. Se libérer de l’enchaînement des causes et conditions qui créent notre souffrance. «Ne courrez pas après le passé, ne vous perdez pas dans l’avenir, car le passé n’existe pas et l’avenir n’est pas encore là. »

Cela paraît évident et pourtant ce n’est pas si facile à pratiquer. Dès la première pensée au réveil, on est déjà ailleurs, on se projette un peu plus tard. On fait des plans, on prend le café ensemble et on papote. On ne s’arrête jamais de parler dans notre propre tête et de parler aux autres.

Certains ont compris que par zazen on sort du passé et on cesse de se projeter dans l’avenir. On se concentre sur ici et maintenant. On ne saisit rien, ni les bruits, ni les pensées, ni les sensations. Ici et maintenant, seulement zazen.

Observez votre respiration. Sentez l’air passer par les narines. Détendez les épaules. Détendez le visage. Inspirez, expirez et soyez conscient de cette respiration. Ne jugez pas. Sentez l’énergie dans le corps, dans la posture. Tout le corps respire.

Entendez le chant des oiseaux, le pas des gens qui passent. Sans juger, sans saisir. Ne laissez pas votre conscience se focaliser sur une chose en particulier. Acceptez tout. Sentez votre présence d’instant en instant.

«Vivez dans le présent », dit le Bouddha, « mais ne refermez pas la main sur lui. C’est ainsi que vous pourrez vivre en paix d’un endroit à l’autre. Celui qui sait vivre, attentif nuit et jour, connaît le meilleur moyen de vivre libre et indépendant. »


Les patriarches
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